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Vague de suicides de jeunes migrants

16 janvier 2018

           Paris, fin décembre 2017, suicide de Kantra, jeune malien de dix-huit ans.

Kantra a passé plusieurs mois dans le Gard. Il était arrivé en France en 2016, puis avait rejoint Nîmes où il était pris en charge - jusqu'à sa majorité - par les services de l'aide sociale à l'enfance du département. Peu avant sa majorité, il avait appris que son contrat d'apprentissage lui était refusé.

Désespéré, mis à la porte de son foyer et affolé à l'idée d'être renvoyé au Mali, le jeune homme tout juste âgé de 18 ans s'est jeté fin décembre sous un train à Paris. Le quotidien régional Midi Libre retrace le parcours de Kantra, arrivé en France il y a deux ans après être passé par la Libye, l'Algérie et l'Italie

              Le défenseur des droits de la République française annonce qu'il se "saisit d'office".

Le défenseur des droits de la République française a annoncé, par communiqué de presse, qu'il se saisissait "d'office suite au suicide d'un jeune majeur étranger". Il souhaite connaître "les modalités d'accompagnement socio-éducatif et administratif" dont il a bénéficié durant sa minorité ainsi que les circonstances de la fin de prise en charge. Le jeune Malien s'est suicidé fin décembre en se jetant sous un train à Paris. Mercredi soir, un émouvant hommage lui était rendu devant la préfecture du Gard, à Nîmes.

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   "Kantra avait peur qu'il y ait des crocodiles"

                         L’histoire de Kantra, le jeune homme qui se croyait maudit.

Au printemps 2017, une famille nîmoise le prend sous son aile. Solène Bourgoin, membre de l'association Ados sans frontière, devient sa marraine. "Il avait trouvé sa place dans notre famille, nous avait accompagné en vacances cet été, était de toutes nos activités", témoigne-t-elle sur un blog de Mediapart.

Solène Bourgoin, son mari et leurs enfants accueillent le garçon le week-end et pendant les vacances. "Quand on l'a rencontré, la première mois, je me suis dit que ça n'allait pas être facile. Il était très introverti, il avait du mal à nous parler de son histoire", se souvient-elle sur Info migrants

Pourtant, le garçon et la famille se lient. "Mon fils était très intrigué par le parcours de Kantra, qui a quitté le Mali à peu près à son âge. Il disait qu'il voulait écrire son histoire", poursuit Solène Bourgoin. "On regardait souvent sur des cartes où se trouvait son village et par où il était passé durant son parcours." Ils passent les dernières vacances d'été ensemble dans l'Allier.

"On rigolait beaucoup parce qu'on se baignait souvent dans des cours d'eau mais Kantra avait toujours un petit peu peur qu'il y ait des crocodiles."

"Kantra était effondré"

Hébergé dans un foyer pour mineurs à Nîmes, il décroche une place dans un CFA en octobre afin d'obtenir un CAP de cuisinier. Un restaurant accepte qu'il y effectue son apprentissage, mais des difficultés administratives l'en empêchent. Quatre jours après sa majorité, au mois de novembre, Kantra doit quitter son foyer et se retrouve à la rue.

La déception de trop. Le jeune homme se croit persécuté mais refuse d'être interné. "Le jour de ses 18 ans, le 14 novembre, on ne l'a plus reconnu", confie sa marraine. "Il délirait à moitié". Quelques jours plus tard, il perd son hébergement. Solène Bourgoin lui parle une dernière fois au téléphone: "Je lui ai dit qu'il fallait qu'il sonne à notre porte s'il était à la rue. Je n'ai plus eu de nouvelles après cela".

"Kantra était effondré. Il disait qu'il était 'maudit', que tout le monde était contre lui. Lui si gentil, attentif aux autres, volontaire, intelligent." Il rejoint un oncle en région parisienne mais est toujours en proie à des délires paranoïaques. Le 21 décembre, il met fin à ses jours.

"Ces enfants sont les nôtres"

L'association Ados sans frontière accuse pour sa part les autorités publiques de se rendre "coupables de créer les conditions à l'origine de drames humains". "Tests osseux pour prouver l'âge, enquêtes zélées pour authentifier les certificats de naissance... Nous refusons les méthodes lâches des pouvoirs publics qui font tout pour empêcher d'insérer ces jeunes dans notre société."

"Il n'est pas possible qu'il y ait d'autres Kantra. Nous demandons à ce que tous les jeunes mineurs non-accompagnés disposent de l'accès à l'éducation et à l'insertion que la loi est censée permettre. Ces enfants sont les nôtres, c'est ça aussi la fraternité."

                                           Marseille, 14 décembre 2017, un migrant albanais décède

                                           après sa tentative de suicide

Cet homme de 23 ans avait tenté de se suicider par pendaison le 14 décembre dernier au centre de rétention du Canet. Dans le coma, il avait été admis en réanimation dans un état très grave. 

Présent en France depuis 19 mois, il avait été placé en rétention fin novembre, après le rejet de sa demande d'asile et une obligation de quitter le territoire. Selon l'association Forum Réfugiés, il avait renoncé à faire réexaminer sa demande d'asile et souhaitait "retourner au plus vite en Albanie et rejoindre sa famille pour les fêtes de fin d'année".

Une enquête "pour recherche des causes de la mort" a été ouverte par le parquet, a précisé le procureur de la République de Marseille, Xavier Tarabeux.

 

                                      Vague de tentatives de suicide depuis deux mois.

Au cours des deux derniers mois, l'association Forum Réfugiés a recensé 7 tentatives de suicides par pendaison ou lacération des bras dans ce centre de rétention de Marseille, l'un des plus importants de France. 

Selon le rapport 2016 des associations qui interviennent dans les CRA, celui du Canet, avec environ 140 places, a accueilli en un an 1 401 migrants, dans leur quasi-totalité des hommes, pour une durée de rétention moyenne de 17 jours. 

Elles dénoncent le peu de droits de visite effectifs octroyés aux migrants, et diverses restrictions: téléphone, boissons, produits d'hygiène...

La semaine dernière, la préfecture avait annoncé que "des travaux sont en cours pour (y) améliorer les conditions de séjour ainsi que la sécurité du personnel et des ressortissants".

 

 

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